GIRAFE N°42 Mars 2017


A la une... la vie du réseau

Addictions, périnatalité et parentalité : 11 ans d'action en Nord-Pas-de-Calais

Financé par l’ARS depuis 2005, le Conseil départemental du Nord jusqu’en 2013 et le Conseil départemental du Pas-de-Calais jusqu’en 2014, ce programme a évolué au gré des priorités fixées par les politiques de santé et en adéquation avec les besoins des populations rencontrées par les professionnels d’établissements de santé et d’addictologie, de la petite enfance, du handicap, de la précarité, de l’aide sociale et par de nombreux professionnels libéraux.

D’abord intitulé « Alcool, grossesse et santé des femmes » (2005-2011) puis « Addictions et périnatalité » (2011) et « Addictions, périnatalité et parentalité » depuis 2012, ce programme est le reflet de l’évolution des connaissances des effets de la consommation de produits psychoactifs sur le fœtus, le développement de l’enfant, de l’adolescent et de l’adulte et apporte un éclairage sur l’évolution des pratiques d’accompagnement, de soutien et de soin des femmes dépendantes et des enfants en souffrance.

Ce programme a permis de former et sensibiliser 2346 professionnels et d’organiser 5 colloques, 1 soirée-débat et 2 journées régionales. Les chargés de prévention de l’ANPAA Nord-Pas-de-Calais avec la mobilisation de nombreux partenaires ont également initié et soutenu la mise en œuvre d’actions de qualité auprès des habitants de la région par des apports méthodologiques, la réalisation d’animations et la mise à disposition de ressources  (documentations et outils pédagogiques, relais des campagnes de prévention). Certaines activités ont été réalisées à la demande de professionnels dans le cadre de la journée internationale de prévention de l’alcoolisation fœtale.

Les créations de l’exposition « Ensemble, favorisons une grossesse sans alcool » en 2006, du livret d’information « Alcool et grossesse : comment en parler ? » en 2009 et les campagnes de communication « Grossesses adolescentes et conduites de consommation à risques » menée de 2011 à 2012 et « Une grossesse sans alcool, c’est l’affaire de tous ! »  menée depuis 2015 témoignent du réel dynamisme de ce programme soutenu par de nombreux partenaires. Contacter la coordinatrice du programme

Du SafMail au Girafe : 42 éditions !

Depuis plus de 20 ans, nous nous attachons à promouvoir de nombreuses initiatives innovantes et actions de qualité et à vous transmettre le fruit de notre veille documentaire sur les risques et dommages des conduites addictives féminines. Continuons à nous mobiliser et à mutualiser nos pratiques de prévention, de réduction des risques et d’accompagnement auprès de l’ensemble des habitants des Hauts-de-France. Nous espérons que vous serez encore nombreux à nous soutenir en relayant auprès de vos équipes et partenaires ce travail collaboratif. S'abonner

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Femmes & Conduites addictives

La représentation de la femme « buveuse » à la radio française, de 1945 à nos jours

L’auteure, doctorante de l’équipe « Images, sociétés, représentations » de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, propose une description chronologique de la femme buveuse et analyse l’évolution des représentations à partir de trois types de programmes radiophoniques : journaux d’information, émissions documentaires et magazines consacrés à la santé.

Dans les années 1950, la physiologie des femmes est décrite comme moins résistante à la consommation d’alcool et la femme est présentée comme victime de l’alcoolisme de son conjoint. En 1963, l’auditeur apprend que des femmes malades de l’alcool sont aussi comme les hommes membres des Alcooliques Alcooliques dans un reportage qui leur est consacré. Durant cette période, il est précisé que « la radio contribue à véhiculer un message pro-alcool » en diffusant des chansons populaires traitant de l’alcoolisation excessive interprétées par des chanteurs masculins hormis deux chanteuses : Edith Piaf qui avait interprété Mon apéro en 1936 et Barbara L’absinthe en 1971. A la fin des années 1970, malgré une baisse de la consommation d’alcool, les femmes qui ont « une structure psychonévrotique derrière » consomment de plus en plus d’alcools forts au détriment du vin et le nombre de femmes malades alcooliques est en hausse. En 1978, le Comité national de défense contre l’alcoolisme alerte l’opinion publique. Dès lors, de nombreuses émissions consacrées à l’alcoolisme sont illustrées de témoignages de femmes buveuses. De 1980 à 2010, les professionnels de la santé présentent l’alcoolisme masculin comme différent de l’alcoolisme féminin qui « demeure souvent la conséquence de syndromes dépressifs et anxieux ». Ils décrivent une consommation clandestine qui évolue avec le mouvement d’émancipation de la femme.

Puis l’auteure décrit l’évolution des représentations de l’alcoolodépendance féminine, de nombreux extraits illustrent ses propos. Dès les années 1970, la femme alcoolique est dépeinte comme mauvaise mère et mauvaise épouse. La honte, la culpabilité et le déni la caractérisent. Dans les années 1980, la parole des professionnels vise à changer le regard des auditeurs tant sur leurs représentations de la maladie alcoolique et de son traitement que sur le soutien que peut apporter l’entourage. Les témoignages de femmes célèbres confortent l’idée que l’alcoolisme « peut toucher tout le monde, sans distinction de sexe, de niveau d’éducation, ni d’appartenance sociale ». Cependant, le témoignage d’une avocate dans les années 1990 montre que l’alcoolisme féminin n’est pas encore reconnu comme une maladie contrairement à l’alcoolisme masculin et les témoignages d’une épouse alcoolique et de son conjoint en 2004 illustrent parfaitement cette stigmatisation à l’égard de la femme. Actuellement, peu de programmes sont consacrés à l’alcoolisme féminin en dehors de l’alcoolisation fœtale et excessive des jeunes filles. Alcoologie et addictologie, 2016 ; 38(4) : 315-322 Contacter la documentaliste

Périnatalité & Conduites addictives

Paroles d’acteur au sujet de l’étude FISCP : entretien avec Nathalie HOCHEDE, sage-femme chef à la Polyclinique de la Clarance à Divion (Pas-de-Calais)

L'équipe du Girafe remercie Nathalie HOCHEDE de sa participation.

Cette étude nationale - portée par l'APHP avec le support financier de l'INCa - est réalisée dans une quinzaine de maternités pour évaluer l'impact d'une incitation financière sur le taux d'abstinence au tabac des femmes enceintes fumeuses. Pourquoi mettre en œuvre cette étude dans votre établissement ? « Parce que ¾ de notre patientèle est tabagique. Parce que le tabagisme est encore trop souvent banalisé et ses conséquences sur l’enfant à naître et sur la santé des femmes (au-delà de leur statut de femme enceinte) minimisées voire méconnues. Pour poursuivre notre investissement dans le programme d’études cliniques sur l’accompagnement au sevrage tabagique du Pr BERLIN (Pitié Salpêtrière, Paris), déjà à l’origine de l’étude SNIPP. »

En quoi consiste l’incitation financière à arrêter de fumer ? « Il s’agit d’un essai randomisé, multicentrique, comparatif à 2 groupes parallèles :

- Un « groupe contrôle » : absence d’incitation financière à l’abstinence tabagique. Seule l’assiduité aux visites est récompensée de manière forfaitaire.

- Un « groupe intervention » : incitation financière à l’abstinence tabagique par bons d’achat. Plus la durée de l’abstinence se prolonge, plus les bons d’achat se cumulent. »

Concrètement, je suis une femme enceinte déclarant une consommation de plus de 5 cigarettes par jour et je désire arrêter de fumer. Comment cela se passe-t-il ? « La proposition du mode de prise en charge va dépendre de la volonté de la patiente et de l’âge gestationnel de la grossesse. Pour que la patiente puisse participer à l’étude, la grossesse doit être inférieure à 18 SA. L’étude est proposée sans aucune obligation d’y participer. Si la future maman est intéressée, un rendez-vous est pris avec la sage-femme référente qui vérifie les critères d’inclusion et qui complète les explications données au préalable en consultation prénatale. En cas d’impossibilité ou de refus par la patiente de participer à l’étude, elle est orientée vers une prise en charge classique. Dans le deuxième cas, il doit s’agir d’une démarche volontaire de la patiente, l’équipe soignante ayant pour obligation d’informer, d’ouvrir le dialogue mais en aucun de « forcer » à la consultation. »

Après quelques mois de mise en œuvre, quels retours avez-vous par rapport à cette démarche ? de la part des professionnels et des femmes ? taux de participation ? « L’équipe accompagne à ce jour 15 patientes. 2 personnes supplémentaires ont également pris rendez-vous. Le personnel est sensibilisé à la démarche d’accompagnement, le service ayant déjà participé à une étude clinique sur le même sujet. » Avez-vous déjà identifié des freins ? « Les difficultés relèvent du recrutement des patientes en consultation, du fait du temps nécessaire pour aborder même brièvement le problème des addictions, temps que les gynécologues-obstétriciens n’ont pas toujours. Certaines ne sont pas dépistées à la hauteur de leur consommation réelle et l’information ne passe pas de manière adaptée. » Des leviers ? « Pour toutes les futures mamans qui trouvent la motivation pour prendre rendez-vous, les échanges sont très riches et une relation de confiance s’installe basée sur l’écoute et l’encouragement. Elles perçoivent les visites comme un véritable coaching et sont fières d’être considérées dans leurs efforts. Il arrive que leurs conjoints les accompagnent et se motivent eux aussi pour entreprendre à leur tour un sevrage, la prise de conscience étant réelle et forte. » Propos reccueillis en octobre 2016 - Pour témoigner sur une action

Une nouvelle campagne de communication « Bien vivre sa grossesse : qu’en est-il de l’alcool ? »

Ce nouveau triptyque a été créé à l’initiative du groupe belge « grossesse et consommations » de la Wallonie Picarde et du Centre Local de Promotion de la Santé du Hainaut Occidental avec le soutien de l’AVIQ. Diffusé auprès des habitants depuis janvier 2017, ce dépliant vise l’arrêt et la réduction de la consommation d’alcool de la femme enceinte en informant des risques et des dommages de l’alcoolisation foetale. Les auteurs précisent que tous les alcools sont toxiques pour le développement du cerveau du fœtus, qu’ils traversent le placenta et stagnent dans le liquide amniotique. Ils apportent à la femme enceinte des recommandations et des conseils pour faciliter un changement de comportement et le maintien de l’abstinence ou de la réduction de la consommation d’alcool et incitent l’entourage à adopter un comportement bienveillant et aidant en changeant lui aussi de comportement. Un quiz « vrai ou faux » permet une auto-évaluation de la compréhension des informations contenues dans ce dépliant.

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Améliorer vos compétences

Périnatalité et petite enfance : diplôme d'université

Proposé par l'Université de Pau et des Pays de l'Adour, ce DU vise l'acquisition de connaissances théoriques et pratiques pour permettre aux professionnels d'approfondir leurs connaissances sur le développement des enfants, sur l'histoire de leur métier et sur les données les plus récentes de la science, d'apprendre à observer les relations complexes entre enfants, parents et professionnels et de communiquer, travailler et inter-agir en réseau. Mise en ligne du dossier de candidature

Périnatalité et addictions : diplôme inter universitaire

Proposé par l'Université de Nantes, ce DIU vise l'amélioration des compétences de tous les professionnels impliqués dans la prise en charge des femmes enceintes abusant de substances psycho-actives et de leurs enfants et la valorisation du travail multidisciplinaire et en réseau, pour favoriser la prévention des complications périnatales et améliorer le pronostic de ces femmes, de leurs enfants et des famille. Prendre connaissance du programme

Comment aborder le jeune fumeur adulte ?

Cette formation a pour objectifs de développer les connaissances et compétences des professionnels travaillant avec un public de jeunes adultes (priorité aux professionnels des Consultations Jeunes Consommateurs) pour acquérir des postures adéquates dans l'accompagnement. Session de 3 jours fianncée par la MILDECA et organisée par ECLAT-GRAA sur le territoire de Calais les 11, 12 mai et 8 juin 2017. Pour s'inscrire

Revue de littérature

Données épidémiologiques

Usages de drogues et conséquences : quelles spécificités féminines ? Tendances, n°117, mars 2017 - 8p.

Echanges de pratiques

Groupe d'Etudes Grossesse et Addictions

Communication des interventions du Gega à l'occasion des 46èmes journées de la Société Française de Médecine Périnatale, 13 octobre 2016, Clermont-Ferrand.